Pas de photos pour le moment, il faudra attendre mon retour en France, désolée. La technique n’est pas au top et les connexions internet coûtant chères (par octet) je ne m’acharne pas.

Suite du récit, en attendant…

 

Lundi 13

On est en vacances, on ne se bouscule pas !

Nous allons à Apia en fin de matinée pour réserver nos billets de ferry.

Upolu est une île volcanique allongée dans le sens nord-sud. Apia est à peu près au milieu de la côte est. Une route, appelée à bon escient cross island road, traverse l’île d’est en ouest à peu près au centre. C’est celle que ma sœur emprunte tous les matins pour se rendre au travail à Apia. Elle habite sur le versant ouest du volcan, à mi-pente.


Pour revenir de Apia, cette fois-ci et après avoir fait quelques courses en ville, on ne reprend pas cross island road comme à l’aller, mais une route côtière qui part vers le sud, longe donc la côte est de l’île. Une route coincée entre lagon et falaise plus ou moins douce, mais à la végétation luxuriante. Nous traversons quelques villages côtiers, avec un principe similaire partout dans Samoa (bien que des déclinaisons et subtilités locales dus aux microclimats par exemple, apportent ce qu’il faut de diversités pour que l’œil ne se lasse jamais bien qu’il soit rapide de faire le tour du pays). Au plus près de la route se succèdent des fale de réunions,  traditionnellement ovales, mais pour la plupart rectangulaires et très très rarement ronds. Derrière et autour des maisons, la plupart du temps presque carrées et présentant une terrasse abritée sur le devant. Rares sont celles construites de dur, le bois est prédominant et tout est peint de couleurs vives et contrastées. Le devant des maisons est très soigné et fleuri, les abords des villages le sont aussi. C’est là qu’on note les différences climatiques, en relevant l’importance de la végétation et son état. Lorsque les villages sont en bords de lagon, de petits fales ovales se succèdent sur la bande de terre qui sépare la route du lagon. Ils sont faits de bois, recouverts de palmes, parfois le haut du toit est protégé d’une tôle pliée. Ils se ferment par des bandes de palmes tressées, grands rectangles disposés horizontalement entre les poteaux qui se superposent légèrement et que l’on peut relever en journée en les superposant et ls fixant en partie haute. Le plus souvent une belle bande de tissu d’environ 50cm de large fait le tour du haut du fale à l’intérieur. Parfois des claustras de bois, plus ou moins ajourés, ferment une partie du fale. Le plancher formant sol est posé sur pilotis et quelques marches permettent d’y accéder.

On retrouve le même type de petit fale aux abords des plantations, lorsqu’on s’enfonce dans la montagne par exemple.

Lorsque le village est près des plantations, ou bien à la jonction entre plantation et route, on trouve de petits abris de bois à une pente, toujours au plancher haut, plus ou moins fermées de claustras et qui servent d’échoppe pour vendre les productions locales. Le plus souvent des piles de noix de coco, parfois de grands paniers de palmes tressées contenant du bois ou des racines de tarot, sinon des comcombres, tomates, aubergines, du coco samoa (chocolat à boire local), etc.

Enfin, pour le moment nous longeons le lagon puis la route s’enfonce plus dans la montagne. A partir de là, excepté quelques fales comme décrits pus hauts, lorsqu’il y a une plantation, on ne voit plus de constructions. Les villages dans la montagne sont quasi inexistants, il faudra attendre d’apercevoir la côte ouest pour en retrouver.

On longe une partie vallonée où paissent des vaches et où la luxuriante végétation des tropiques a été domptée. Succession d’immenses plantations de cocotiers. En se retournant, on aperçoit encore l’océan, au loin à l’est, sur lequel débouche cette grande vallée.

Plus tard on approche d’un barrage qui a généré une immense retenue d’eau que nous découvrons brumeuse. Des airs d’Irlande assez dépaysant.

Le soleil de la côte est ne percent pas bien les nuages accumulés sur ce versant ouest, nous sommes dans la grisaille. Nous redescendons vivement vers la côte. Cette fois la bande de terre est plus large mais bloquée par une falaise vraiment abrupte et continue. On comprend aisément pourquoi le tsunami, qui a frappé cette côte-là, a fait tant de dégâts et de victimes en ces lieux. Aucun échappatoire possible. Il reste encore des ruines de ce qui fut dévasté, on note les constructions récemment remontées, et les plantations décoratives tout justes en place. Nous nous arrêtons dans une resort d’où nous pouvons admirer des îles peu loin de la côte, qu’il est possible de visiter, voir d’y passer la nuit. Pour le moment il est vraiment gris, il pleut par intermittence, je pourrais me croire en bretagne, avec ces côtes découpées (mais nettement plus vertes), cet océan gris barré de rouleaux blancs, ces embruns qui nous arrivent dessus… Où le soleil ? (le laa) L’est pas là le laa ! Il vaut mieux en plaisanter.

Est-ce parcequ’on est lundi, qu’ils ont peut-être eu du monde dimanche (il faisait beau !) et pas le temps de refaire des courses ? Toujours est-il que les « sorry, we don’t have… » se succèdent et qu’on se demande bien ce qu’on va manger. Finalement une sorte de salade au poulet pas bon, inspiration asiatique pour de la junkfood sans intérêt. Mais il faisait faim.

Ma sœur m’avait amenée ici pour se baigner car il est vrai que la plage est superbe et je ne doute pas que le lagon bien dégagé permet de nager et snorkler… mais aucune de nous n’a envie de se baigner, là. Trop moche. Nous reprenons donc la route.

Arrêt dans une resort bien luxueuse pour un dessert de réconfort. Succulent, d’ailleurs. Recette d’ici et d’ailleurs (une crème brûlée pour moi) inspirée par des ingrédients locaux et très frais (vanille samoane, coco… un délice). La qualité du service est là aussi, ce qui donne envie d’encourager la gérance de ce lieu. Nous avons vu sur une piscine à débordement, puis une bande rocheuse avec des fale d’accueil pour touristes en mal de Bretagne… oh ! c’est pas bien de ce moquer ! Le lieu est suffisamment beau pour donner envie d’y rester un moment, malgré ce mauvais temps. Alors par beau temps…

Nous ne tardons plus trop à rentrer, nous devons encore nous changer et préparer pour un dîner vers Apia, chez l’amie française de ma sœur, croisée sur la plage samedi.

Dîner simple : on apporte du pain fait maison, du champagne acheté pour l’occasion le matin même, et son amie fourni du foie gras acheté lors d’un de ses déplacements à Wallis. Elle parcourt les îles françaises de ce bout de Pacifique, lors de ses déplacements pro. Soirée extrêmement gaie ou les fous rires se succèdent. Sa fille a bien compris ce que je lui avais expliqué vite fait sur la plage samedi, et nous régale de petits films en stop motion fait avec ses playmobils. J’aime l’imagination créatrice débordante des enfants (et ados, oui).

Retour de nuit, on s’écroule vite, demain on a rendez-vous à 9h à l’embarquadère qui est à environ 1h30 de chez ma sœur, en direction de l’aéroport (Apia, puis route de côte vers le nord cette fois, pour être proche de la partie la plus nord d’Upolu).

 

Mardi 15

Nous sommes en avance à l’embarquadère, le temps de prendre un thé à l’une des petites boutiques, en y trempant des masipopo, sorte de biscuits secs à la noix de coco, de forme carrée et plate. Pas mauvais du tout.

Nous prenons un ferry qui tient plus du gros bac, et nous contemplons Upolu sous les nuges s’éloigner, tandis que l’on approche de Sava’i.

Tiens, hier c’était le 14 juillet, nous notons notre côté bien Français, pas patriote du tout… Pourtant on était entre Françaises hier soir !

Deux petites îles s’égrainent entre Upolu et Sava’i,  comme pour rappeler qu’elles sont des la même formation volcanique. La deuxième présente d’ailleurs un superbe cratère affaissé très didactique, on pense à notre mère qui aurait certainement aimé.

Environ une heure trente de traversée calme où nous papotons, assises face à Upolu qui s’éloigne, tout en ricanant devant les manœuvres de quelques jeunes qui nous entourent et tentent de se rendre intéressants.

On arrive à Sava’i par la pointe sud de l’île évidemment. Le plus haut des montagnes se perd dans les nuages, mais ma sœur m’apprend qu’il y a là les poins culminants de Samoa, au-delà de 1500m. Il faudra vérifier les altitudes exactes.

Nous empruntons la route côtière de l’est et il est aisé de constater que le climat est plus sec ici. La végétation n’est pas tout à fait la même. Au fur et à mesure que nous irons vers le nord, les abords des villages sont travaillés avec plus de minéral que de végétal (petits murets de pierres volcaniques entourant plantations, jardins ou délimitant des parterres par exemple, ce qu’on ne voit nulle part ailleurs). Nous traverserons d’ailleurs des avancées de pierres volcaniques fumant sur le lagon, non construites ni végétalisées, témoins de la dernière coulée qui n’a guère plus d’un siècle. Certains leur donnent des intérêts thérapeutiques et proposent de séjourner sur ces terres hostiles, chaudes et aux fumerolles nombreuses. J’admire, mais ne me sens pas intéressée outre mesure, j’avoue.

Nous arrivons vers Manase, à peu près le milieu de la côte est, où nous nous arrêtons dans une petite resort de bord de plage. Quelques fale traditionnels comme déjà décrits font face au lagon et une étroite plage de sable blanc. Un petit baraquement de douche et wc en arrière plan. Une construction ouverte sur l’océan permettant de prendre, à une grande tablée collective, les petits-déjeuners et dîners compris dans la location du fale et voilà l’essentiel de notre lieu de séjour.

Nous nous installons rapidement dans le fale qui nous est réservé où ils ont disposé au sol des nattes, deux matelas recouverts d’un drap fleuri, une moustiquaire tendue au-dessus. L’essentiel de nos affaires reste bouclé à clef dans la voiture. Nous prenons maillot, paréo (il n’est pas bien vu de montrer ses cuisses, aussi nous marchons, nageons, vivons en paréo en plus du maillot), lunettes de piscine et nous partons marcher vers le nord sur cette belle plage qui longe diverses resorts. Les suivantes sont moins traditionnelles, proposant parfois des baraquements fermés et climatisés qui ne m’attirent guère, je suis ravie du choix de ma sœur. Le soleil est chaud et nous nous mettons rapidement à l’eau, décidant de remonter encore le courant tant qu’il y a cette belle plage, et de revenir en se laissant porter. On voit les vagues éclater sur la barrière au loin, et les passes bien visibles. La marée est en milieu de descente ou en fin, en tous cas, peu d’eau pour nous.

Nous observons des sources d’eau douce qui sourdent du sable et se mêlent à l’eau. C’est assez amusant car le lagon est comme recouvert d’un double vitrage d’environ 3 cm d’épaisseur avec une surface interne comme huileuse qui brouille la vue.

Ma sœur m’initie au snorkling en apnée (tout cela date d’il y a 25 ans pour moi, en Normandie avec mon amie d’enfance V… autant dire que je n’ai que de vagues souvenirs !). J’expérimente son appareil photo et je m’extasie sur la faune de ces coraux (pour la plupart assez morts, il faut bien l’avouer). Je vois toutes sortes de poissons bien entendu, et j’adore me laisser glisser juste au-dessus des coraux, comme dans un aquarium. Nous observons rapidement une murène à l’air pas commode (normal pour une murène), nous voyons des poissons colorés, d’autres plus ternes, nous surnageons au-dessus de grandes cavités où nous découvrons une belle porcelaine, un animal tentaculaire rouge dangereux et mangeur de coraux, une étoile de mer bleue énorme, des oursins etc. Je ne sais même plus tellement il y en avait. Pourtant, cette étendue de coraux doit être souvent dégagée à marée basse et donc en grande partie morte.

Nous décidons de nous renseigner auprès du club de plongée du coin pour faire une sortie sans doute encore plus belle.

Dîner collectif après une douche déssalante en bord de plage et en sirotant une délicieuse pina colada. Nous cohabitons avec deux Allemands qui ont pris chacun un fale, et un trio de jeunes femmes sans doute Britanniques qui nous fascinent par le temps monumental qu’elles passent à s’apprêter plusieurs fois par jour. Elles partent demain, et nous demandons à récupérer leur fale, en front de lagon (le nôtre est en deuxième plan). Un peu trop de soleil et de chaleur pour moi, la migraine me taraude et je me couche tôt mais auparavant nous avons admiré le coucher de soleil en marchant un peu sur la plage et en observant le ballet de petits crabes fascinants. Ils vivent dans des trous creusés sur le haut de la plage et sentant la marée monter s’aventurent à l’extérieur, rebroussant vite chemin dès qu’ils nous voient, très craintifs. Ils courent (en crabe, bien sûr) sur leurs hautes et fines pattes à une vitesse impressionnante et parfois lorsqu’ils s’arrêtent, ils font une sorte de vibration avant de s’immobiliser. On a l’impression d’être dans un jeu vidéo. La nuit noire nous chasse et nous regagnons notre fale.

 

Mercredi 16

Je n’ai pas très bien dormi, j’ai du mal avec ces nuits à rallonge (18h30-6h) et ces dîners très tôt (vers 18h). Je finis par avoir sommeil tôt aussi, vers 20h30, mais avec mon besoin de 6 heures de sommeil, je me retrouve réveillée en pleine nuit noire. Je finis par le rendormir, du coup, mais d’un sommeil agité. Et j’ai ronflé, pauvre sœur.

Ce matin, il pleut à verses, déprimant ! Nous pensions nous baigner avant le peti-dej servi vers 8h30, mais non, nous restons à glandouiller et bouquiner au fale. Nous passons beaucoup de temps à Boyder.. ou « avec William »… comprendre par là que ma sœur a attaqué le William Boyd qui m’avait fait mon trajet aller La vie aux aguets, et moi l’autre que j’avais emporté et souhaite lui laisser A livre ouvert. William nous accompagne donc à Sava’i.

Après le petit déjeuner le temps s’est levé, les greluches parties et nous changeons de fale avant de nous baigner à nouveau.

Nous partons déjeûner un peu plus en sud dans une resort luxieuse qui s’étale devant le club de plongée où nous avons réservé pour une sortie en mer demain matin à 9h30. Les marées sont basses en milieu de journée.

Je déguste un succulent plateau de fruits de mer avec une demi langouste entre autres et des frites de taro délicieuses. Le tout arrosé d’une limonade maison Vaitipulo ? je ne sais plus.

L’après-midi nous sommes retournées nous baigner et observer cette faune sous-marine fascinante. Cocotiers qui se découpent sur fond de ciel bleu, bananiers qui ondulent au-dessus d’une plage de sable blanc, mer bleu profond virant au turquoise par endroit, chaleur douce et non écrasante, poissons et faune multicolores… Samoa me dévoile tous ses charmes et ils sont bien convaincants.

Dîner dans notre resort Regina’s Beach Fale, lecture sur la plage jusqu’à nuit noire, puis dans le fale, bref, les vacances…

 

Jeudi 17

Réveil assez tôt qui me permet de voir un magnifique lever de soleil orangé sur la mer, et ce depuis mon fale et à travers quelques palmes qui se balancent dans la brise matinale. Nous ne fermons pas la moitié de notre fale, le plaisir de dormir dehors mais abrité.

Nous nous préparons et bouclons nos affaires tranquillement (en ricanant sur le temps que d’autres auraient pris)(même si on ne doit pas se moquer), nous prenons le dernier petit-déjeuner ici et nous allons nous garer à côté du club de plongée. Départ pour une sortie en mer sur 3 spots différents, au bord du récif, en snorkle pour nous, plongée pour quelques autres. Le bateau à fond plat, avec son auvent protecteur, est bien rempli. Nous repérons l’un de nos colocataires Allemands. Les propriétaires du club de plongée aussi sont Allemands, un couple aidé de recrues locales qu’ils houspillent un peu (pour l’un deux qui n’a pas l’air au top d’ailleurs !). J’aime bien cet accent net, tranché et facile à comprendre, même si certains sons, pas du tout anglais, m’amusent aussi. On peut dire en tous cas que si j’apprends quelques mots et expressions samoanes, je fais surtout de gros progrès en compréhension orale en anglais. Pas le choix !

 

Premier spot, mise à l’eau des plongeurs, ma sœur m’explique plein de trucs, j’aimerais bien en faire un jour. Certes j’ai un baptème de plongée en piscine qui doit dater aussi de mes 15 ans, mais c’est comme si ça n’existe pas tant ça me semble appartenir à une autre vie. Et ce n’était qu’un baptème aussi. En piscine en plus. Bref, j’aimerais plonger.

Nous nous arrêtons un peu plus loin pour nous mettre à l’eau à notre tour. Masque, tuba, palmes, grâce à mes essais avec ma sœur de la veille, je me sens à l’aise bien que loin d’être au top, et je l’en remercie. Je peux ainsi bien profiter de ce qui m’attend : un récif coralien.

Voilà, première fois que je surnage au-dessus d’une falaise de corail, puis sur les hauteurs, au-dessus de trous, bref, nouveaux paysages sous-marins pour moi. Beaucoup de coraux morts, à nouveau, mais une plus grande diversité de forme. Déception sur la faune, finalement on en avait plus vue toutes les deux en restant près de la plage. Je plonge parfois en apnée pour voir un truc de plus près et je me rend compte qu’avec des palmes on a tôt fait de descendre trop vite et trop profond, au risque de se faire mal aux oreilles ou de manquer de souffle pour remonter. Il est vrai que les plongeurs qui nous ont rejoint en sens inverse ne sont pas si loin que cela en dessous de nous. Et puis dans notre groupe il y a quelques apnéistes compétents qui se baladent avec une déroutante facilité entre les coraux, là, tout au fond.

Au deuxième spot nous sommes au-dessus d’une épave dont le bas est à 22m.

Au troisième spot nous sommes dans un « coral garden » normalement, mais j’en ressors globalement assez déçue. Ce n’était pas aussi foisonnant que la veille, je me répète.

Cependant j’apprécie la liberté d’être en grandes eaux, de voir le bord du récif et de pouvoir jouer longtemps à l’aquarium qui défile sous mes yeux.

Fin de l’escapade, comme il se doit j’ai du mal à sortir de l’eau (j’ai du être baleine dans une autre vie) mais la perspective d’un bon repas (il fait faim) dans ce resto déjà essayé la veille, me décide à prendre une douche d’eau claire avant de nous asseoir dans ce grand fale construit de façon assez traditionnelle. Papoti papota, j’apprends encore plein de choses sur les traditions samoanes et continue de bombarder ma sœur de questions, de traductions et cie. Cette fois je sais ce que je demande, un menu qui m’avait aussi tentée la veille : oka ma alaisa faapopo. Je sais même le dire toute seule, dis donc !

Oka, donc, c’est ce plat (très bon à cet endroit, je note) samoan à base de lait de coco, de citron vert, de petits dés de tomates et de concombres, de lamelles de srping onions au goût de ciboulette et de dés de poisson cru et frais. Un délice, vraiment.

Alaisa faapopo c’est juste du riz blanc cuit mélangé à du lait de coco frais. Mais un délice quand même.

Nous traînassons à papoter puis nous reprenons la route vers le nord, vers notre destination des deux prochaines nuits. Nous continuons donc de longer la côte est, de plus en plus découpée et sauvage, sèche et chaude. Ma sœur me raconte quelques croyances ou récits locaux, ceux dont elle se souvient. C’est là que je note les arrangements de pierre volcanique autour des villages et la raréfaction de la végétation décorative. La forêt, elle, semble plus souvent sauvage, même si on repère des plantations de taros, bananiers, cocotiers, deci delà.

Ce qui m’a frappée aussi à Sava’i par rapport à Upolu, c’est la proportion de fale de réunion ronds. On en voit plein, alors que c’était rare, vraiment, à Upolu. Kori m’expliquera qu’Upolu est plus urbain, comme île, et reçoit plus d’influence étrangère, donc de fale devenu carré ou rectangle (le mode de construction traditionnel qui permet l’ovale ou le rond se perdant de plus en plus). Certains de ces fales ronds ont deux rangs de poteaux. Un premier de gros poteaux espacés, un second, extérieur, à environ 1m50 du premier, de poteaux plus fins, nombreux et peu espacés. Certains n’ont pas de poteau central, ou bien un seul gros, mais les plus traditionnels en ont deux, proches l’un de l’autre, entre lesquels doit se faire le foyer. Les couvertures sont souvent de tôles, hélas, et l’arrangement de ces plaques métalliques brillantes fait penser à un casque médiéval de soldats anglais ou espagnols, j’attends de voir surgir un Don Quichotte…

De temps en temps nous voyons traverser une poule et sa couvée ou bien une truie et ses petits. Les vaches, rares, broutent au piquet, comme les chevaux, tout aussi rares. Des chiens un peu partout, toujours très maigres.

Nous quittons le peu de civilisation que semblait encore avoir le sud de l’île pour traverser des villages qui semblent bien plus traditionnels, pauvres, peu peuplés et surtout plus rares. Nous bifurquons de la route principal pour faire vraiment le tour le plus nord de l’île car nous allons dormir à Falealupo, l’extrême pointe nord de l’île. Au-delà c’est l’océan infini. Il y a quelques années c’était « demain » car la ligne de changement de date passait là. Mais Samoa a changé de côté de la ligne maitenant, alors c’est juste de l’océan à perte de vue.

Plus de barrière de corail, de lagon, c’est direct les vagues calmes du Pacifique. Cela change l’aspect général des plages. Petites enclaves de sable blanc au milieu d’avancée rocheuse noire de lave, végétation verte luisante. Les couleurs de Samoa. (avec le rose-rouge de la fleur emblématique).

Quatre petits fales alignés à droite de la route, couverture totalement de palmes (plus fines qu’ailleurs), une rangée de hauts cocotiers, une rangée de plus jeunes assez bas, du sable blanc, l’océan d’un bleu parfait. De part et d’autre des rochers noirs, de la forêt. Nous voici dans notre retraite du bout du monde, accueilli par Yosefa qui finit par bien connaître ma sœur et son mari, déjà venus plusieurs fois ici. Nous savons qu’il nous préparera de la cuisine traditionnelle, nous pêchera des poissons et nous parlera dans un anglais approximatif, mêlé de samoan que ma sœur comprend plutôt bien, je trouve. Je la pousse à plus souvent s’exprimer en samoan, mais si elle a beaucoup de vocabulaire, elle n’a jamais appris des bases de grammaire et peine à faire des phrases. N’empêche, elle se décide de plus en plus souvent et ça me fait plaisir. J’essaie pour ma part de retenir des mots, des expressions, d’emmagasiner et m’en servir à bon escient mais d’une part des subtilités de prononciation me font galérer (arrêt glottal, nasale que je ne sais pas faire et j’en passe) et d’autre part j’inverse tout. Ma faible dyslexie naturelle s’en donne à cœur joie avec tous ces mots en U, A, I dans tous les sens (seulement 14 lettres/sons, dans l’alphabet samoan, me précise ma sœur, c’est dire si les combinaisons sont multiples et propices à m’embrouiller !)

 

Jeudi 17 soir – Vendredi 18 – Samedi 19 matin.

Notre activité à Falealupo se résume assez bien à « dormir-se baigner-manger-se baigner- dormir- se baigner… » en boucle. Na.

Il fait un temps magnifique (le tube de crème 50 en prend une claque), la mer est juste fraîche comme il faut, les marées hautes nous permettent de jouer dans les vagues deux fois par jour, la marée basse de milieu de journée d’aller explorer les piscines naturelles dans les rochers où une faune colorée nous fascine à nouveau… Les repas sont de poissons fraîchement pêchés, de taro, de noix de coco.

Je finirai par l’avoir mangée à toutes les sauces ! Le jus de niu, le lait de coco dans les plats, des morceaux de coco frais, de la confiture (qui fait penser à la confiture de lait), des masipopo (les gâteaux déjà suscités), … me manque plus qu’un massage traditionnel à l’huile de coco et j’en aurai fait le tour.

Nous buvons du coco samoa, un chocolat à l’eau cultivé et torréfié ici que je me surprends à aimer finalement. Et puis de l’eau de source que nous avions pris soin d’acheter Vai Tala, la source de Sava’i. (Le Vai = l’eau)

Le bruit de l’océan est assourdissant et sans répit et pourtant ne m’empêchera pas de dormir. La première nuit je me prend un coup de flip à voir une personne contourner notre fale éteint en se cachant de cocotier en cocotier, mais il s’avère que c’était Yosefa faisant sa ronde (il vérifie la frondaison des cocotiers bas, on n’a pas su pourquoi) avant d’aller se coucher dans le fale proche du nôtre, canne à pêche prête pour partir pêcher à l’aube. Un de ses chiens nous veille, c’est amusant et touchant. Je dormirai mieux la deuxième nuit, du coup, totalement rassurée.

 

Nous avons marché sur la plage en ramassant toute sorte de trésors et souvenirs mais nous n’avons pas été jusqu’à la pointe, pas très loin cependant de nos fale, où les âmes de Sava’i et Upolu se retrouvent et discutent dans une piscine naturelle. Le soleil frappait trop mon dos déjà un peu rougi par le long snorkle de Manase, j’ai préféré faire demi-tour.

 

Samedi 19 notre programme était simple : les emmener en voiture jusqu’au village dans les terres de Falealupo (toujours une version mer et une version terre, dans les villages de ce bout du monde) où ils avaient une réunion de matai. Puis petit déjeuner, plouf, douche, et reprise de la route, cette fois toute la côté ouest, à partir de midi environ. Timing parfait et bien respecté. La dernière baignade fut très savoureuse. J’ai confié au Pacifique tout ce dont je voulais me débarrasser, avant de reprendre le cours de ma vie. A Falealupo on est un peu hors du temps. La nature y est omniprésente, forte, puissante mais très apaisante.

 

Retour en longeant la côte ouest. Succession de villages avec des fales en bord de mer, parfois l’océan direct (pointe nord de l’île) parfois un petit lagon aux eaux plus claires et turquoises. Parfois des falaises de pierres noires, parsemées de végétation vert luisant, qui se découpent sur un océan bleu, mais bleu… Beauté des paysages.

A notre droite les pentes du volcan qui se perdent dans les nuages. Il faudra en faire l’excursion une autre fois.

Petit arrêt dans un des villages quand j’ai aperçu un tas de concombres à vendre sur leur petit étal de bord de route (nous en avons besoin). Ma sœur fera tout en samoan, suis très fière d’elle, na.

 

Nous arrivons vers le sud de l’île 2h avant l’heure d’embarquement ce qui nous laisse le temps de trainer dans un grand marché couvert pour acheter certes un peu de nourriture mais aussi quelques souvenirs. On y trouve des objets (plats divers) en bois précieux finement travaillé dont la qualité et l’esthétisme semblent supérieurs ce qu’on trouve à Upolu d’après ma sœur. Nous nous laissons un peu tenter. Puis nous reprenons la voiture car pour le coup il ne nous reste pas grand temps.

Nous déjeunons dans une resort moderne au jardin très joliment arrangé comme savent si bien le faire les Samoans, avec une piscine qui ne sait pas rivaliser pourtant avec le lagon bleu pur qui s’ouvre devant nous. Contenu du repas sans intérêt, mais rapide comme il nous le fallait.

Retour sur le même petit ferry où nous nous appuyons au bastingage tribord pour regarder s’éloigner Sava’i et approcher Upolu tout en étant protégées du soleil. La mer est moins calme et les Samoans, surtout un groupe de jeunes rugbymen peut-être éméchés, ricanent pour cacher leur peur. Ils n’aiment pas l’eau, ne savent pas bien nager, ce qui est surprenant pour des îliens toutefois. Je passerai sous silence les nombreuses tentatives de drague que ma sœur sut repousser avec brio, nous avons pu papoter 1h30 de tout et de rien, et des poissons volants aperçus, et de l’île là-bas, ce petit volcan dont elle a fait le tour de la crête, etc etc. Je regrette de ne pas avoir vu de tortue durant tout mon temps à Manase, j’espère en voir lors des prochaines baignades à Upolu. Zut quoi.

 

Nous arrivons avant la nuit tombée, mais pas de temps à perdre. Ma sœur veut regagner la maison non pas par le côté ouest de l’île (et cross island road) mais par le côté est. Cependant un passage est tortueux et plus difficile, elle aimerait le faire de jour. Alors j’écarquille les yeux et on y va.

Je verrai à nouveau des villages de bord de mer, mais clairement plus de pêcheurs car je vois même des filets sécher en travers de grand fale de bord de plage. Je retrouverai une végétation fleurie et abondante de décoration de villages vraiment superbes. Des criques surprenantes, des panoramas bluffant, une rivière à traverser à gué par la route, etc. Le tout avec un coucher de soleil derrière nous qui découpe en ombre chinoise les arbres sur fond orangé, un délice.

 

Retour à la maison de nuit, retrouvailles avec Eteuati resté seul ici toute la semaine, qui a fait un boulot de Titan dans le jardin à tout couper au rotofil (quand on voit la surface à faire…), entre autres.

Dîner frugal, dodo tôt.

 

Dimanche 20

Eteuati prépare le oka pendant que nous émergeons et nous préparons pour une journée famille et ville. Nous passons prendre une tante, croisons un oncle, partageons le repas (oka, donc) avec Kori et un de ses frères. Nous récupérons l’autre neveu, Pene, qui sert Kori et Louison avec Eteuati tant qu’il n’est pas parti sur un bateau car il a signé un contrat de marin. Il partira fin septembre et commencera par l’Italie. Une grande aventure pour lui !

 

Sur le chemin du retour nous nous arrêtons au terrain de ma sœur, bottes au pied, antimoustique aspergé, pour aller voir les bornes de limite qu’Eteuati a trouvées et dégagées. Végétation luxuriante qui arrive en haut des bottes là où elle est dégagée, j ene sais comment il a fait pour les trouver ! Bref, plan en main, cela me permet de mieux comprendre qui est quoi et où, de repérer sur le plan les banians et autres arbres à conserver, d’expliquer aux garçons comment grosso modo s’organisera le terrain à terme et de donner un petit cours explicatif de fengshui à Pene au passage, puisqu’il parle bien anglais. Ils rigolent car je n’arrive pas à dire papillon en samoan. Entre pepe, pe’epe’e et peepe (ou presque) comment voulez-vous que j’y arrive ? En français et dans l’ordre, ça donne bébé, lait de coco, et papillon, rien à voir, quoi…

Nous rentrons bien en fin de journée à la maison, pas bien loin.

 

Ma sœur avait découvert à son retour de Sava’i, un mail de son boulot de traductrice qui l’oblige à s’y coller de suite, elle doit rendre sa feuille de choix pour les 6 prochains mois avant lundi midi… Se remettre aussitôt la tête dans le guidon, alors que l’effet Falealupo est encore bien présent, ce n’est pas facile.

Je prépare un dîner composé d’une compotée d’aubergines et tomates au lait de coco que m’ont préparé les garçons (pratique…) et un plat de tagliatelles (aux épinards mais ça ne se sent pas), aux fruits de mer, lait de coco et curry. Je note qu’elle se régale et je lui empaquette les restes pour le lendemain.

J’ai la chance de pouvoir parler longuement avec mon amoureux au téléphone. L’absence est d’autant plus difficile que les moyens de communication sont quasi nuls. Toujours peu ou pas de nouvelles des enfants, c’est sans doute que tout doit bien aller pour eux.

Lorsqu’il est 10h en France, je fais une petite séance de méditation comme je l’ai promis à mon amoureux et l’aîné de mes fils, qui sont sensés en faire autant de leurs côtés. J’espère qu’ils étaient au rendez-vous pour cette communication extrasensorielle par delà les océans…

 

lundi 21

Ma sœur est partie bosser tôt, ramenant à Apia ses neveux avec elle. Deux journées de réunions importantes à la FAO qui la coince au travail et me permettent de traîner chez elle, préparer des mails, écrire ce compte-rendu, lui préparer un bon dîner…

Demain je l’accompagnerai au travail pour bénéficier d’une bonne connexion pour tout publier/envoyer et j’irai sans doute visiter le musée Stevenson. En taxi. Parcequ’il est hors de question que je conduise à gauche avec une voiture au volant à gauche, même qu’à chaque carrefour mon cœur fait un bond et mon cerveau un nœud.

Je clos là le journal de bord pour aujourd’hui. Et si vous êtes déjà au bout des 9 pages, c’est héroïque ! Bravo !